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jeudi
juin032010

Critique télé : Le Cuisiner Rebelle

Après avoir anticipé pendant des mois la venue de Zeste, la chaîne culinaire francophone, et avoir cassé les oreilles à DK sur le sujet, je dois avouer que j’ai été un peu déçu. Pas beaucoup de programmations originales, le « dubbing » me tape sur les nerfs plus que d’autres choses, émission de Daniel Vézina décevante, ect. J’étais prête à abandonner quand Manon m’a conseillé d’écouter Le Cuisinier rebelle. Depuis, c’est un de mes incontournables et mon ENP l’enregistre hebdomadairement.


Pour ceux qui l’ignorent, Antoine Sicotte est un musicien de profession. Il a connu un succès modeste en chantant en anglais au Canada à la fin des années 90/début 2000 et s’est recyclé dans la popote quand sa famille s’est agrandie. Ses influences sont assez cosmopolites : beaucoup d’asiatique, d’épices et de méditerranéen servies avec des techniques européennes classiques. Il a publié un livre éponyme en 2009. C’est un naturel devant la caméra. Il possède un style engageant et décontracté. Souvent, quand il termine un plat, il invite son réalisateur ou son caméraman (c’est toujours le même gars, mais je ne suis pas sûre de son titre officiel). Il donne des conseils de cuisine sans en faire des leçons officielles. Un seul point à améliorer, c’est peut-être son niveau de langue. Il peut faire plusieurs tournures de phrases « à l’anglaise » ou oublie des fois de dire certains mots. Un détail qui peut s’améliorer avec de la pratique. Une excellente réalisation, à l’américaine, qui met en valeur des couleurs atténuées (vert, rouge et bleu pâlotte disons) qui donne un look vintage. À souligner aussi que la musique d’ambiance, un peu funky, a été entièrement composée par Antoine Sicotte.

Le concept de l’émission d’aujourd’hui était la nourriture de after hours : de la bonne bouffe graisseuse pour éponger tout l’alcool ingurgité ! Bon c’est pas très réaliste comme mise en situation. Passer minuit, je ne connais pas beaucoup de gens prêts à faire un hamburger ou une poutine maison. Dans mon cas, c’est plutôt un cas de McDo ou BBQ Nouveau Système et sa si charmante serveuse de nuit (!). Passons outre ce détail, parce que le reste de l’émission vaut vraiment la peine.

L’émission commence toujours par une recette de cocktail. Celle d’aujourd’hui était un Russian Roulette

Le flambé de la Zambouca (c’était pas le nom d’une de mes monitrices de camp de jour…) faisait pour de la bonne télévision. Pour grignotines de fin de soirée, le Cuisinier rebelle nous conconte un « Burger de fou » et une « Sexy poutine ».

Source : Zeste.tvÀ par les jeux de mots un peu quétaine (de mon avis voulus) les recettes semblent prometteuses. Le burger est fait d’un mélange de bœuf, veau et porc haché. J’émets une réserve quant à l’utilisation de viande maigre, parce que c’est le gras dans le grain qui fait que les boulettes sont juteuses. Je sais que DK n’est pas fan du fromage à la crème dans un hamburger, mais moi oui, surtout qu’ici, il vient adoucir le fromage de chèvre. Les autres garnitures sont des oignons et des champignons sautés dans un muffin anglais, pour laisser toute la place à la viande enrobée d’une tranche de bacon. Comme Antoine Sicotte n’a pas d’accès à un BBQ, il saisit la viande dans une poêle pour en terminer la cuisson au four pour que le bacon soit un brin croustillant ce qui aurait été moins facile avec une poêle en fonte. Cependant, quand vous lisez la recette, les instructions mentionnent de cuire la viande dans la poêle, et le bacon est remplacé par de la pancetta qui garnit le dessus et non le tour du hamburger.

Source : Zeste.tv

Le deuxième plat c’était la poutine. J’approuve cent fois les frites : des gros bâtonnets enrobés de gras de canard cuites au four. Il y en a aussi dans la sauce en plus du concentré de canard, du vin blanc, de la moutarde de Dijon et de la crème épaisse. Une chance que les portions sont modérée parce que je ne crois pas que le foie d’une personne normalement constituée aurait pu supporter ! Il choisie du bocconcini comme fromage. De mon côté, j’aurais gardé le fromage en grains. Il me semble que du bocconcini frais fonderait assez vite lorsque rajouter à la sauce, non ? Le fromage liquéfié dans une poutine ce n’est pas ma tasse de thé.

Le dessert était un sorbet au « Jack and Coke » fait à la sorbetière. Très homme.


L’émission se termine toujours par une chronique bière, ou plutôt une infopub pour Unibroue déguisée en segment d’information. D’ailleurs les publicités de cette marque sont omniprésentes pendant les pauses publicitaires (celle de Simon du Mile-End qui boit de la Blanche de Chambly, pu capable !), ça doit être un de leur gros commanditaire.

En somme, Le Cuisinier Rebelle est une offre intéressante de la part de Zeste et si ces futures productions peuvent s’en inspirer, c’est tant mieux pour son avenir.

samedi
mars272010

Critique télé : L'effet Vézina

Cette semaine, la chaîne francophone consacrée aux arts culinaires Zeste rentrait en ondes (poste 47 pour les abonnés de Vidéotron, 647 pour les chanceux qui ont le HD). Pour l’instant, elle ne produit que deux séries originales (L’effet Vézina et Le cuisinier rebelle).

Fin de session obligeant, je suis plus souvent à mon bureau que devant la télé et je n’ai eu le temps que d’écouter la première de L’effet Vézina qui met en vedette Daniel Vézina. D’après ce que j’ai pu comprendre de l’intro musicale de l’émission, durant ses moments de congé, le chef du Laurie Raphaël nous reçoit dans son appartement (où dans un studio de télé déguisé en appartement) et nous prépare des plats de son répertoire : cuisine québécoise raffinée et recherchée. Sur papier, cela ressemble à une version plus bourgeoise de Chuck Day’s Off. Tout comme les autres émissions culinaires, chaque épisode aborde un thème particulier (dans la première, c’était le cru) et le chef Vézina dispense tout à long de sa démonstration, de précieux conseils pour les chefs du dimanche, comme moi. Cependant, plusieurs difficultés au niveau de l’exécution font en sorte que le concept a été très mal transposé à l’écran.

Le problème le plus facile à remédier est celui de l’animateur. Le chef Vézina est un professionnel de grand talent, cela n’en fait aucun doute, mais il semblait incroyablement nerveux tout au long de l’émission : il bégayait un peu, ne souriait pas, regardait souvent hors champ. Je pense que cela peut s’expliquer sur le fait que c’est sa première émission qu’il anime en solitaire et qu’avec la pratique, il pourra s’améliorer. Surtout, qu’il est un bon pédagogue. Les parties consacrer au “savoir faire” culinaire, comme lorsqu’il nous parlait des différent couteaux utiles en cuisine, étaient celle plus réussies. Un autre point : changez sa garde-robe. Ce n’est pas un ado de quinze ans, mais un chef renommé dans la quarantaine qui anime l’émission, donc les chandails graphiques ou autres chemises trop serrées devraient être proscrites pour l’avenir. Encore une fois, quelque chose qui se règle très rapidement.

Menu de L’effet Vézina : tartare de boeuf et de saumon

Du côté de la réalisation et de la production, la côte est plus difficile à remonter. Ouf.  D’abord, le réalisateur a semblé privilégier un plan assez éloigné de l’animateur, en le cadrant toujours au tiers droit de l’écran, pas vraiment pratique pour une émission de cuisine quand un de but est de montrer clairement les faits et gestes de l’animateur. Par exemple, lorsque le chef Vézina voulait démontrer ses techniques pour bien hacher le saumon ou le boeuf pour faire un tartare, le caméraman ne croyait pas bon de zoomer pour que le spectateur voit mieux ce que l’animateur faisait. C’est sans compter les quelques fois où l’action se déroulait totalement hors champ et que personne n’ait pensé à réorienter la caméra. Les changements de caméra étaient tout aussi maladroits. Les transitions entre les différents segments étaient étranges et faisaient amateur : l’image devenait toute embrouillée pour ensuite s’éclaircir sur un nouveau plan. Ce n’est pas une présentation Power Point, mais une émission de télé professionnelle ! Une fois, il a même eu une coupure à un commercial en plein milieu d’explications de Vézina, qui n’avaient aucun sens de finalité. Pour la musique, de toute façon, je trouve souvent que les trames sonores utilisées dans les émissions de cuisine sont hyper quétaines, celle-ci ne faisait pas exception. Autre conseil, enlevez le verre de vin blanc sur le comptoir quand le chef n’y touche même pas, on se croirait dans une parodie de Curieux Bégin !

Comme série originale d’une nouvelle chaîne, c’est vraiment désolant. Est-ce que les concepteurs ont recherché un peu sur ce qui se fait ailleurs et surtout est-ce qui prennent le public pour des épais ? Les téléspectateurs ont vue d’autres émissions de cuisine mettant en vedette des Québécois, soit au Food Network (Chuck Day’s Off, encore une fois, Ricardo & Friends, The Wild Chef) ou soit sur des chaînes québécoises (À la DiStasio, un modèle à suivre, Ricardo, Le goût de Louis, Du coeur au ventre, et d’autres que j’oublie de nommer). Elles sortent du carcan “chef dans un studio décoré comme un appartement qui cuisine des plats en moins d’une demi-heure” pour faire des segments sur les produits à l’extérieur du studio, en plus d’inviter des spécialistes, parler de nutrition et manger dans des restaurants. Les producteurs savent que le public est beaucoup plus informé ouvert vers le monde qu’auparavant et les émissions de cuisine ont été modifié en conséquence. À souligner, toutes celles que j’ai mentionné plus haut sont animées par les personnes chaleureuses et charismatiques, et c’est sur leur dos que le succès repose.

Je pense que sincèrement que Daniel Vézina est passionné par son art et est plus que compétent, il doit cependant s’améliorer de ce côté pour pouvoir rester sur les ondes télévisuelles, surtout qu’il animera une nouvelle émission en juin, la téléréalité Les Chefs à la SRC. Je sais que je peux paraître dure avec cette nouvelle émission, le fait est que j’ai (et le public épicurien) été habitué à un certain standard et que je nourrissais beaucoup d’espoir pour L’effet Vézina. C’est est une quotidienne, du lundi au jeudi, il y a encore place pour l’amélioration à moyen terme.